Entreprise idéale: les jeunes cultivent le paradoxe
Une entreprise à taille humaine mais à dimension internationale. Un travail polyvalent et nomade mais intégré dans une équipe. La génération Y pose ses conditions. Les employeurs vont devoir s'adapter.
Une entreprise moyenne à taille humaine mais en prise directe sur l'international, voilà le portrait-robot de l'entreprise idéale telle qu'elle ressort en tout cas de la troisième édition du baromètre Deloitte - JobTeaser sur " L'entreprise idéale de demain " (1).
Cette
enquête réalisée en ligne auprès d'un millier d'étudiants n'est pas
avare en paradoxes même si l'objectif affiché par le cabinet Deloitte
est " de comprendre les attentes (de ses) jeunes collaborateurs de
demain afin de pouvoir y répondre au mieux dans sa promesse employeur "
confie Philippe Burger, Associé responsable Capital Humain chez
Deloitte.
Environnement international demandé
Premier
constat si une faible majorité d'étudiants déclare vouloir travailler
dans une société de taille moyenne (41 % contre 39 % pour une grande
entreprise) tous ou presque (81 %) exigent de pouvoir bénéficier d' un
environnement résolument international. Ce qui au regard de la faible
dimension exportatrice des PME française ressemble par bien des côtés à
une gageure.
Autre paradoxe : parmi cette génération Y que l'on dit volontiers multitâche et connectée en permanence sur Internet, seuls 4 % plébiscitent le pur télétravail,
tandis qu'une très large majorité (96 %), aspire à travailler DANS une
entreprise. Certes en bénéficiant d'une réelle flexibilité avec le
domicile et avec une préférence marquée (6 étudiants sur 10) pour un
poste nomade plutôt que sédentaire.
Polyvalence nomade
Autre
fait marquant, 9 étudiants sur 10 souhaitent travailler en équipe, de
préférence dans des fonctions qui font la part belle à la polyvalence
professionnelle, seuls quelques ingénieurs semblant préférer un haut
niveau de spécialisation. " Le poste idéal est donc un poste polyvalent
nomade mais intégré au sein d'une équipe, si possible internationale, et
avec des horaires flexibles permettant de s'adapter aux contraintes
personnelles ", souligne Nicolas Lombard, Cofondateur de JobTeaser.
Le secteur high-tech en tête
Travailler
dans une entreprise d'accord mais dans quels secteurs ? La crise est
passée par là et contrairement aux éditions précédentes, le secteur de
la finance ne fait plus recette (8 % des sondés contre 13 % en 2012 et
19 % en 2011), et ce quelle que soit la formation de l'étudiant. Ce qui
attire désormais les jeunes ce sont les secteurs du high-tech (11 %), et
de la grande consommation (10 %). Logiquement les ingénieurs se
focalisent sur des emplois industriels (production, qualité,...) ou
informatiques, quand les élèves d'écoles de commerce privilégient le
marketing (19 %), la finance (26 %) ou les postes de direction générale
(17 %).
Plus de variable
Côté rémunération les futurs salariés réclament du variable
- "Le salaire idéal devra reconnaître la performance de chacun avec une
rémunération variable de l'ordre de 25 à 30 % du salaire de base ce qui
est nettement supérieur à ce qui se pratique en début de carrière où le
bonus est de l'ordre de 5 à 8 % maximum", souligne Gabriel Bardinet,
Manager Capital Humain chez Deloitte. En outre les étudiants ne placent
la rémunération monétaire qu'en troisième position (23 %) dans leurs
attentes en termes de rétribution derrière l'intérêt du travail (35 %)
et le développement de carrière (26 %). Enfin, comme en 2011 et 2012,
cette nouvelle génération souhaite largement (66 %) être associée aux
bénéfices de l'entreprise (58 % des hommes et 74 % des femmes).
Modifier le management
Lorsqu'on leur parle management et manager idéal
ces représentants de la génération Y confirment ce que l'on sait par
ailleurs : ces jeunes ne considèrent pas que l'autorité vient uniquement
de la compétence ou de l'expertise, mais ils attendent de leurs
managers qu'ils leur fassent confiance, et soient à leur écoute.
Traduction : un management plus participatif que directif et centré sur
le relationnel plus que sur l'organisationnel. "Les entreprises devront
modifier leur mode de management pour arriver à conserver les talents",
précise Nicolas Lombard.
"Cette génération a une vision très
réaliste du monde de l'entreprise et absolument pas désabusée, comme ce
que nous pourrions craindre dans le contexte actuel, constate Philippe
Burger qui note avec satisfaction que ces jeunes sont à l'évidence très
pragmatiques. Pour eux " le travail n'est pas une finalité en soi,
insiste l'associé responsable Capital Humain chez Deloitte, cela peut
être une source d'épanouissement s'il s'adapte à leur mode de
fonctionnement, leurs envies de trouver du sens et pour autant que l'on
soit à leur écoute."
(1) Sondage réalisé entre le 11
mars et le 7 avril 2013 par le cabinet Deloitte au travers d'un
questionnaire en ligne anonyme, auprès de 1 065 étudiants.
auteur: Philippe Flamand pour LEntreprise.com le
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