Le nouveau pape a surpris. Pas seulement parce
qu'il n'était pas dans la liste des « papabilables » ou qu'il est le
premier à ne pas être européen. Son premier geste face à la foule, qui
attendait sa bénédiction, a été d'inverser le cadre. C'est lui qui,
s'inclinant devant les chrétiens, leur a demandé de prier pour lui.
Autrement dit, il a choisi de commencer par prendre une position basse
quand tout le monde l'attendait dans la position haute que lui confère
sa position. Cet acte pose un style et un mode de relation avec la
communauté dont il a la responsabilité.
Dans
les vingt-quatre heures de sa prise de fonction, il a ensuite renforcé
cette image par des petits signes. En allant lui-même chercher ses
bagages dans sa chambre de cardinal et en empruntant une petite voiture
pour le faire, il ajoute la simplicité à son souhait de se mettre au
service, symbolisé par son patronyme. Un dirigeant ne peut jamais être
en contact direct avec l'ensemble des personnes qui constituent son
périmètre. Au-delà de ce qu'il dit, il touche ses équipes par ce qu'il
montre de lui. En effet, chacun a besoin de se représenter son chef
comme un individu avec des traits de personnalité, des valeurs et une
hiérarchie de ce qui est important pour lui. Derrière la fonction, que
comprend-on de l'homme ? Comme la plupart ne le voient que très rarement
et parfois pas directement, il est fondamental que ce qui émane du chef
touche et soit cohérent. Pour incarner son action, le dirigeant doit
montrer comment elle fait sens par rapport à ce qu'il est. Cela suppose
qu'il accepte de se révéler. Tout au moins les traits émergents de sa
personnalité et ses valeurs essentielles qui résonnent avec ce qu'il
veut impulser. Cela suppose aussi qu'il ait choisi clairement les
priorités de son action et le style qu'il veut donner à son mandat.
Cette capacité à lier la dimension rationnelle des idées et celle
émotionnelle de l'individu pourrait être une définition du charisme.
L'exemplarité n'est jamais plus importante qu'au commencement d'une
responsabilité. Elle donne une coloration à l'action et du sens à la
dynamique collective.
Eric Albert, Les Echos - 23 mars 2013
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